CIO, MARCHE OU TRÊVE

Et Poutine rompit « la trêve olympique ». Thomas Bach et son CIO ont tellement l’impression que l’ours russe leur a planté un javelot dans le dos, qu’ils en ont tout simplement oublié, dans leur communiqué, qu’avant la trêve olympique, c’est la paix en Europe que l’homme d’acier du Kremlin a trahi.

 

Bien sûr le sport dans ces cas là passe au second plan mais, même en plein conflit, la parole des athlètes, qui s’est spontanément élevée, marque les esprits et pèse. Danyl Medvedev, tout frais N°1 mondial de tennis, ne cache pas son embarras, Sebastian Vettel, champion du monde de F1, annonce qu’il n’ira pas user de la gomme sur un circuit russe, jusqu’à Earvin Ngapeth, volleyeur français, star mondiale et champion olympique 2020, affiche son refus de jouer là-bas et prend à revers sa fédération internationale qui compte encore maitenir son championnat du monde en Russie.

Des prises de positions, claires, rapides, sans concession dont on comprend que l’affaire Peng Shuai était  le prémisse. C’est d’autant plus surprenant que le sport moderne brille en général par le formatage du discours et de la pensée. De l’eau tiède et encore de l’eau tiède. Sur le dopage par exemple. Il ne va donc pas se passer des semaines avant que le CIO, comme on dit « l’institution faitière du sport mondial », soit sommé de répondre à cette question :

– Compte-tenu des sanctions internationales prises à l’encontre de la Russie, quelles sont celles décidées, avec effet immédiat, par le CIO ?

Sur la réponse, votre serviteur ne se mouillera pas, tant les maîtres de l’olympisme sont doués dans l’ingénérie juridico-sportivo-diplomatique. La Russie est théoriquement interdite de participer aux JO pour cause de scandale d’état en matière de dopage, mais les athlètes dit « propres » peuvent concourir sous la bannière ROC de leur comité national olympique. C’est le TAS (Tribunal Arbitral du Sport) qui l’a décidé, soulageant bien le CIO. Le TAS encore lui qui permet à la jeune Valieva de subir un clavaire sur la glace de Pékin alors qu’elle est visée par une affaire de dopage, à 15 ans. Le CIO évite le scandale en plein jeux. Je confonds TAS et CIO me diront certains. Oui un peu. Mais la confusion est possible tant la juridiction sportive pose question quand à son indépendance.

Ainsi Thomas Bach, que les journalistes la chaine allemande ARD poursuivent de leurs flèches depuis des années, doit vivre actuellement un de ses pires cauchemars. Une guerre en pleine période olympique, déclenchée par un des acteurs majeur du sport et principaux donateurs du CIO. On ne sait pas si, le champion olympique d’escrime de Montréal en 76, a déjà eu le gant mouillé au moment de la touche finale mais là, il y a de quoi avoir la main moite.

Peut-être, dans ces moments de tension, le président du CIO se dit-il qu’il n’y aura pas de bonne solution et voit-il la situation comme un dilemme où le sport y perdra de toute façon. Espérons que non car au contraire le sport mondial a tout à y gagner. D’abord le CIO en jouant son rôle : montrer et tenir le cap.

C’est une occasion unique de prouver à ses détracteurs, souvent incomplètement informés, que dans l’olympisme il n’y a pas que l’argent, les sponsors et les états-partenaires mais d’abord des idées partagées, des principes fondateurs, des valeurs universelles. Ne parlons pas de 80 ou 84 quand des états boudaient les jeux. Ici il s’agit de savoir si Lausanne va interdire son espace olympique à Moscou.

Là où le monde olympique a failli en 1936, il peut réussir en 2022. Cela s’appelle un rendez-vous avec l’Histoire. Et avec le peuple et les athlètes ukrainiens.