L’AFLD vs Marion SICOT : la justice aveugle de l’antidopage français

Le cas Marion Sicot sur laquelle s’acharne l’AFLD avec l’argent public, pose la question de la mission et même, quand on se penche sur le dossier, de la crédibilité de l’agence antidopage française. Suspendue 2 ans, l’AFLD fait appel et demande 4 ans contre Marion Sicot devant le Conseil d’État, malgré l’avis motivé en faits et en droit de sa commission des sanctions, malgré les aveux de la cycliste, malgré le harcèlement sexuel avéré dont elle a été l’objet, malgré sa participation à des programmes éducatifs. Ce n’est pas le seul fait inquiétant au sujet de cette institution essentielle dans le sport français.

Secouée par un rapport de la cour des comptes sur sa gestion et notamment certains niveaux de salaires, inquiète après l’exfiltration de certain-e-s salarié-e-s et d’éléments en leur possession qui pourraient relever du harcèlement, en guerre contre sa propre commission des sanctions qu’elle trouve trop indépendante, excluant certains journalistes à ses événements et enfin s’acharnant sur des sportifs de second niveau. Ce n’est pas le portrait de l’agence antidopage de Biélorussie ou du Vénézuela mais de celle, bien de chez nous, installée rue Auber, juste derrière l’Opéra Garnier.

Malgré cela, la gestion aberrante du cas de l’ex-cycliste Marion Sicot sidère ceux qui ont approché le dossier. Convaincue de dopage à l’EPO en 2019, Marion Sicot a depuis prouvé qu’elle a commis ce geste, d’une seule injection – donc inefficace – par désespoir parce qu’elle était sous emprise et surtout, qu’elle subissait un harcèlement sexuel, moral et financier de la part du manager de son équipe cycliste belge Marc Bracke.

Tous ces éléments, avec l’aide d’Antoine Vayer, ont d’abord été révélés, la première fois dans un reportage Stade 2 (des centaines d’échanges Messenger à l’appui avec les photos dénudées exigées par Marc Bracke). Depuis, à grand peine, Marc Bracke a quand même été sanctionné par l’UCI pour ces faits de harcèlement. Une enquête judiciaire est en cours mais elle traîne, comme souvent dans ces cas là.

Par ailleurs, on notera que lors de l’audience devant la commission des sanctions (instance indépendante composée de juristes de haut vol et de scientifiques chevronnés), l’AFLD a montré de surprenantes carences dans le dossier à charge qu’elle soutenait face à Marion Sicot. L’AFLD prétendait que Marion Sicot s’était en fait injecté plusieurs doses d’EPO et non une seule. Ce qui changeait évidemment l’histoire. Le problème c’est que face aux scientifiques de la commission des sanctions l’AFLD n’a jamais pu le prouver scientifiquement, il s’agit donc d’une pure spéculation, d’une faute. Par ailleurs, le laboratoire est touours dans l’incapacité de déterminer le type d’EPO employé quand la question lui fut posée. Ce n’étaient là que les marques les plus visibles d’un dossier bien mal maîtrisé par le service juridique de l’AFLD, qui a souvent insisté sur le statut professionnel de l’athlète et donc du gain qu’elle espérait tirer de ce dopage. Oubliant que Marion Sicot a démontré, comme d’autres jeunes cyclistes pro, qu’elle payait pour courir.

Contre tous ces éléments, l’AFLD, demandait 4 ans de suspension, une peine automatique, s’abritant derrière le code du sport et de l’agence mondiale antidopage. La commission des sanctions ne l’a pas suivie et prenait une décision de moyen terme, 2 ans de suspension. Elle considérait notamment dans un jugement très étayé que « en imposant à cette sportive de façon répétée, un comportement humiliant à connotation sexuelle et qui n’avait à l’évidence aucune justification sportive, M. Bracke s’est livré à un chantage d’autant plus inadmissible qu’il connaissait la précarité de la situation de la jeune femme et ne pouvait ignorer l’emprise qu’il exerçait sur elle du fait de ses fonctions de dirigeant ». L’affaire aurait pu en rester là. Marion Sicot suspendue 2 ans, Marc Bracke par la suite, suspendu 3 ans par l’UCI, une plainte pénale suit son cours.

Pourtant, que fait l’AFLD ? Elle se pourvoit en appel devant le Conseil d’État pour obtenir les 4 ans de suspension dont elle ne démord pas, en faisant toujours preuve de la même légèreté. Dans son pourvoi en appel, l’AFLD ose écrire noir sur blanc que le harcèlement dont se prévaut Marion Sicot « n’est pas établi ». Faisant fi des éléments probants qui sont sur la place publique, dans les instances disciplinaires de l’UCI, chez le parquet qui instruit la plainte. On se rappellera que lors de l’affaire Calvin, l’AFLD était bien satisfaite que le reportage Stade 2, mettant Clémence Calvin devant ses contradictions, soit diffusé en audience par la commission des sanctions mais que dans le cas Sicot, tous les faits matériels révélés à l’antenne n’entrent jamais en ligne de compte. Une approche sélective des dossiers.

Le responsable juridique de l’AFDL qui produit des exégèses de droit comparé, souvent retoquées par les universitaires qui siègent à la commission des sanctions, pourrait se pencher sur un principe fondamental dudit droit en démocratie  : l’individualisation des sanctions.

Par ailleurs, Marion Sicot qui a reconnu sa faute publiquement et accepté la sanction, participe bénévolement (parfois avec l’auteur de ces lignes) à des conférences sur le dopage et le harcèlement dans le sport en racontant son histoire, notamment en milieu scolaire et sportif. L’AFLD qui dépense de l’argent pour la prévention pourrait l’inviter. Elle ferait honneur à la cause, bien plus que le représentant de l’AFLD pour la région Rhône-Alpes, qui étalait, lors de sa prestation récente sur BFM Lyon, une connaissance très approximative de l’antidopage qui aurait pu inspirer Jean-Michel Apeuprès !

https://www.bfmtv.com/lyon/replay-emissions/bonsoir-lyon/rhone-le-dopage-evolue-et-la-lutte-anti-dopage-evolue-dans-le-meme-sens-explique-pierre-legagnoux_VN-202112270310.html

Le Conseil d’État va se prononcer ces jours-ci sur la demande de l’AFLD, de suspendre Marion Sicot, 4 ans au lieu de 2. Si les sages de la place du Palais Royal donnaient suite à la demande de l’AFLD, comme le rapporteur public le conseille, ils signeraient, en dernier ressort, une décision qui, nierait l’indépendance de la commission des sanctions et serait vécue comme injuste. Ils conforteraient l’idée que l’AFDL, d’indépendante, devient en fait une institution hors-sol, essentiellement bureaucratique et de communication.

Une institution incapable d’apporter des réponses simples à ce genre de questions actuelles et cruciales pour la lutte antidopage :

– À quoi bon reconnaitre sa faute, témoigner publiquement si on est traité-e- comme les autres tricheurs ou tricheuses qui mentent avec constance ?

– Qui est le plus efficace auprès des jeunes pour prévenir le harcèlement et lutter contre les dangers du dopage, une jeune femme qui raconte comment elle s’en est sortie et quels dangers elle a couru ou bien, un fonctionnaire avec un clip et un Powerpoint ?

Ces questions simples appellent des réponses de bon sens. Du bon sens, quelle quantité en reste-t-il dans les couloirs de celle que les habitués appelle « L’Agence », rue Aubert, juste derrière l’Opéra ?