OCB devant l’AFLD et son destin

Lundi à 9h, Ophélie Claude-Boxberger, comparait devant le collèges des sanctions de l’Agence Française de Lutte contre le Dopage (AFLD) pour répondre de son contrôle antidopage inopiné du 18 septembre 2019, à peine un mois avant les championnats du monde de Doha. C’est 6 semaines plus tard, lorsqu’elle est notifiée de son contrôle positif à l’EPO, que commence réellement une histoire rocambolesque (encore une dans l’athlétisme français).

Il va falloir aux sages du collège de l’AFLD beaucoup de perspicacité et de patiente pour accoucher d’une décision solide, tant ce dossier fourmille de chausses-trappes, contradictions, revirements, faits connexes. À la base, c’est pourtant simple : on a trouvé dans les urines d’OCB (elle a gagné cet acronyme au fil de l’affaire) de l’EPO recombinante exogène (non produite par le corps) qui n’a pu arriver ici que par injection, elle doit donc être suspendue, 4 ans maximum.

Mais voilà, en garde à vue devant les gendarmes de l’OCLAESP (Office Central de Lutte contre les Atteintes à l’Environnement et à la Santé Publique) Ophélie Claude-Boxberger déclare qu’elle n’est en rien responsable de cette injection unique, que l’EPO a due lui être administrée là l’occasion d’un massage par son beau père Alain Flaccus, lors de son stage d’été à Font Romeu. Pourquoi aurait-il fait cela ? Parce qu’il serait jaloux de la relation qu’elle entretien, depuis lors, avec le médecin de l’équipe de France d’athlétisme. Mais pourquoi serait-il jaloux ? Parce qu’il aurait abusé d’Ophélie quand elle était adolescente et qu’il nourrirait toujours des sentiments à son égard.

Dr Flaccus, Mister Alain

Cette histoire à dormir debout est confirmée par Alain Flaccus lui-même en audition devant les gendarmes puis plus tard devant l’AFLD. Il le confirmera dans la presse, comme il l’avait laissé entendre en premier lieu dans Stade 2 en décembre 2019 quand il avait déclaré « J’ai fait une connerie, j’assume ». OCB pensait tenir ici l’explication d’une machination contre elle, qui pourrait l’exonérer de toute sanction mis les ni les gendarmes, ni l’AFLD (qui n’a pas pu avoir accès aux PV judiciaires) n’ont « acheté sur facture » cette version abracadabrantesque. Problème il leur faut démontrer de manière irréfutable que ce n’est pas possible.

Depuis Alain Flaccus, dans la presse et à l’AFLD, est revenu sur ses déclarations et affirme maintenant s’être accusé pour couvrir OCB, dans une sorte de pacte. Ce qui n’en fait malgré tout qu’un tissu de déclarations contradictoires. À la suite de quoi OCB a déposé plainte contre lui pour viol aggravé, en plus de sa plainte pour atteinte à son intégrité physique (la piqûre).

L’AFLD a mis dans la balance une autre sanction contre OCB pour défaut de localisation sur le chemin du retour de Font Romeu (un hôtel où elle n’a pas dormi faisant la route directement vers son domicile à Montbeliard). Un élément qui sera contesté par la défense dans la mesure où cette sanction relève d’informations fournies par OCB de son plein gré à posteriori et qu’elle n’a pas eu de contrôle à l’hôtel où elle n’était pas… On vous dit que c’est pas simple.

l’Expert à LA

Reste une dernière carte abattue par l’agence et récemment versée au dossier : l’expert scientifique. Martial Saugy, un expert bien connu qui a longtemps dirigé le laboratoire antidopage de Lausanne, produit une analyse des échantillons dans laquelle il favorise la piste d’une cure d’EPO et non d’une injection unique. Problème sa démonstration est truffée de « plausible », « possible », « probable ». Il ne dégage clairement aucune certitude scientifique quand à la durée d’élimination de l’EPO, ni sa concentration mais pourtant il conclu que selon lui « il est fortement probable » que plusieurs injections aient été pratiquées dont la dernière 2 à 3 jours avant. C’est à dire qu’il en est convaincu mais qu’il n’arrive pas à le démontrer scientifiquement. Il serait surprenant que la défense, à l’occasion, ne rappelle pas un épisode trouble du passé de Martial Saugy. Selon NBC et Travis Tygart patron de l’agence antidopage américaine, au début des années 2000 et des tests EPO, Saugy aurait indiqué à Lance Armstrong et son entraineur Johan Bruynel comment fonctionnaient les tests et leurs limites. Des affirmations jamais démenties.

Ainsi, ce lundi les débats s’annoncent tendus et complexes… Et publiques car OCB à demandé à ce que les médias puissent y accéder. Une demande exceptionnelle, d’autant que le Collège de l’AFLD préfère généralement débattre en huis clos, mais assez logique de la part de l’athlète qui n’a jamais cherché à se cacher et s’est largement exposée dans les médias depuis le début. Les sages qui jugent en toute indépendance vont sans doute avoir le sentiment de plonger dans une drôle d’affaire, entre dopage, fait divers et règlement de compte familial.