Un bien étrange colis sur le Tour

Une source privée nous a alerté d’un événement étrange qui s’est produit dans le port de Brest en début de semaine. Une saisie douanière vient poser certaines questions à quelques heures du départ du Tour. Un colis contenant une importante quantité de produits « autorisés » mais pas pour l’importation, destiné à une équipe du Tour, a été intercepté. L’affaire indispose en hauts lieux, pourtant la médication à haute dose des sportifs de haut niveau, en l’occurrence des coureurs, devrait préoccuper les instances sportives et gouvernementales.

8h n’avaient pas encore sonnées mercredi matin quand un twittos nous averti par ce message en privé : « Je vous contacte, je viens d’apprendre que les douanes de Brest ont trouvé des produits masquants contenus dans des colis saisis à l’arrivée dans un des hôtels où sont hébergées les équipes du Tour ». Étrange contact puisque relativement circonstancié. Il faut dire que l’homme s’avère être un passionné de vélo qui a ses entrées dans le port de Brest, une petite communauté où tout se sait. Ainsi, dans le centre de tri postal, le colis imposant libellé au nom de la structure commerciale d’une équipe belge, avec un numéro de portable dessus et l’adresse de l’hôtel Ibis local, a fortement interpellé. Surtout qu’il provenait d’Espagne.

Après une vérification, qui a quand même pris un peu de temps, il s’avère que tout dans le message n’est pas exact (il ne s’agit pas de produits masquants) mais l’essentiel est là. Les douanes appelées pour contrôler, ont bien saisi deux colis de 20 kg chacun, contenant plusieurs centaines de flacons de 12ml fer et plus d’un millier d’ampoules de 10ml d’Arginine, à prendre par voie orale. Ce ne sont pas des produits considérés comme dopants mais pour la récupération. Il s’agit cependant d’une infraction à la législation sur les médicaments puisqu’ils sont importés sans autorisation de mise sur le marché, ni ordonnance dans un simple colis postal. Les douanes ont alors envisager d’ouvrir une procédure mais elle n’aurait rien donné car la législation est floue dans ce domaine. Elle autorise les médecins d’équipes à importer ce genre de produits. Les colis n’étaient pas adressés au médecin mais à l’équipe elle-même, une nuance qui aurait sans doute mal tenue en procédure judiciaire.

Toutefois, la quantité interpelle et semble indiquer que chaque coureur de l’équipe prendra sur la course, sa dose de fer et d’arginine. Deux produits bien différents. Le fer (Chromatonbic ferro) est utilisé pour activer la fabrication de d’hémoglobine (les globules rouges) et éviter l’anémie et la fatigue qui peuventt survenir en cours d’épreuve physique intense. Chez les tricheurs on en prend en complément de cure d’EPO. On ne suspecte pas en l’occurrence l’équipe en question (dont nous avons choisi de taire le nom) de procéder à des injections d’EPO durant la course.

Aujourd’hui les protocoles de dopage ont généralement lieu avant les compétitions. C’est souvent pour cela que certains sportifs disparaissent des écrans radar 30 ou 40 jours avant… Si cela vous rappelle certaines « préparations »… L’arginine, est un acide aminé, qui a la réputation d’activer la fabrication de cellules, de réparer les blessures, de permettre de mieux récupérer, voire de stimuler la sécrétion d’hormones de croissance. De nombreuses publicités en vantent les mérites sur internet mais pour certains spécialistes cela relève plus du marketing paramédical que de la certitude scientifique.

Du côté du médecin de l’équipe (un ex de chez Astana et Rabobank) que nous avons pu joindre il comprend que cette quantité interpelle mais il explique, « il s’agit de produits tout à fait usuels pour la récupération. Cette quantité c’est ce dont nous avons besoin pour toute l’équipe jusqu’à la fin de la saison et pour 4 médecins, par juste pour le Tour. Je comprends que cela interpelle mais cela devait être envoyé à notre service course en Belgique. Cependant ce ne serait pas arrivé à temps pour le Tour. Et ces produits on en les trouve pas comme cela en France ni en Belgique, seulement en Espagne ».

En somme, l’affaire à fait frémir en coulisse, en cette semaine d’avant Tour. Ces colis seront finalement sans doute livrés au destinataire. Les coureurs prendront donc des médicaments alors qu’il ne sont pas malades mais fatigués. Et des équipes continuent de se faire expédier des colis pas un correspondant espagnol à la réputation sulfureuse dans le milieu de l’antidopage. Précisons malgré tout que le cyclisme est le seul sport à l’heure actuelle qui interdit la prise d’antidouleurs puissants type Tramadol et que normalement les corticoïdes seront interdits l’année prochaine. Deux produits courants, dopants et dangereux mais autorisés par l’AMA, l’Agence Mondiale Antidopage qui se voile toujours la face sur le sujet en s’abritant derrière la nécessité pour les athlètes de « se soigner». La lutte contre le dopage passe aussi par un encadrement beaucoup plus stricte des médicaments administrés en quantité aux sportifs (pas seulement cyclistes) par des médecins employés par les équipes ou des médecins personnels. Et là c’est un col hors-catégorie bien difficile à franchir mais qui passe par Brest cette année.